La légende raconte que, durant les nuits de fête, particulièrement lors des célébrations de la Saint-Jean (Festas Juninas), quand la musique de forró inonde l'air et que la cachaça coule à flot, le boto sort de l'eau. Il se traîne jusqu'au rivage et se transforme en homme. Mais pas n'importe quel homme. Il devient un galant irrésistible : grand, fort, à la peau blanche (comme le ventre rosé du dauphin) et d'une élégance magnétique. Il est impeccablement vêtu de blanc, avec des chaussures brillantes, et porte toujours, invariablement, un chapeau.
Le chapeau est la clé. Le Boto l'utilise pour cacher la seule caractéristique qu'il ne peut transformer : son évent, l'orifice respiratoire qu'il a sur le dessus de la tête. Si quelqu'un parvenait à lui retirer son chapeau, il découvrirait sa nature animale. Mais le Boto est astucieux et charmant. Il arrive aux bals et choisit la plus belle femme de la fête, généralement une jeune vierge ou une femme solitaire.
Ses talents de séducteur sont surnaturels. Il danse comme personne, murmure des mots qui enivrent plus que l'alcool et regarde avec des yeux qui promettent un monde de plaisir sous-marin. La femme choisie succombe à son charme, oubliant tout : famille, prudence et honneur. Le Boto la persuade de quitter le bal et de marcher vers la rive du fleuve. Là, ils font l'amour passionnément. Avant le lever du soleil, l'amant parfait fait ses adieux, court vers l'eau et se jette dans le fleuve, retrouvant sa forme de dauphin et disparaissant dans les profondeurs obscures de l'Amazone.
La conséquence de cette rencontre est, invariablement, une grossesse. Dans la culture amazonienne traditionnelle, lorsqu'une jeune fille tombait enceinte sans père connu, ou après une aventure éphémère, on disait : 'C'était le boto'. 'Filho de boto' (enfant de boto) est une expression courante dans la région pour désigner les enfants de père inconnu. Loin d'être une simple excuse naïve pour masquer des écarts ou des abus, le mythe du Boto fonctionnait comme un mécanisme social d'intégration. En attribuant la paternité à un être enchanté, une partie du stigmate était retirée à la mère et à l'enfant. L'enfant n'était pas un bâtard quelconque, mais l'enfant d'un être magique.
Cependant, le Boto a aussi un côté sombre. On dit qu'il est jaloux et vengeur. Parfois, il tente d'entraîner les femmes au fond du fleuve, vers sa cité submergée (l'Encante), où vivent les noyés et les créatures magiques dans des palais d'or et de cristal. Celles qui sont emportées par le Boto perdent la raison ou se noient, devenant des êtres des profondeurs. C'est pourquoi on avertit les femmes de ne pas s'approcher seules du fleuve la nuit, et les hommes de ne pas faire confiance aux étrangers trop élégants qui apparaissent aux fêtes et ne retirent jamais leur chapeau.
Le Boto Enchanté incarne le mystère et la séduction du fleuve Amazone. Le fleuve donne la vie avec ses poissons, mais il peut aussi la voler ou la transformer. C'est une force indomptable, attractive et dangereuse, capable de prendre forme humaine pour se mêler à nous et nous rappeler que, dans la jungle, la magie est aussi réelle que l'eau qui coule.

